L'homme qui se souvient de sa mort

 

Yvan Blanloeil

 

Publié en février 2019

Où est le nid de ces oiseaux-là ?  

C’est pour élucider cette question essentielle qu’à l’heure de sa mort un homme revisite sa vie dans un récit où les souvenirs se mêlent à son rêve.

Cette autofiction onirique, puissamment comique, férocement impertinente, foisonne d’inventions verbales et de loufoqueries poétiques. 

L’aventure de la vie est une quête de l’insaisissable autant qu’une farce. Le monde, un théâtre où l’absurdité des arbitraires n’a d’égale que la bêtise des mystifications. 

Yvan Blanlœil, qui n’a rien perdu des indignations ni des émerveillements de l’enfance, nous invite à partager les tribulations de l’homme qui se souvient de sa mort, sur la piste du Dortoir des Mouettes.

 

 

 L’ extrait

 

La mémoire est un chaos. Un festival botanique. Le moindre événement passé se divise en versions alternatives, en embranchements, bifurque, bourgeonne, crée des fractales. On a peur d’affronter cette forêt vierge. Ou du courage, ce qui revient au même, car le courage c’est quand il n’y a plus rien d’autre à faire. Le résultat est souvent pire que rien. Autant faire des claquettes sur une fourmilière, comme disait ce pauvre Livingstone au bon Stanley le jour où leur conversation s’épuisa. Encore que, selon certains, la conversation aurait tourné court tout de suite après je présume. D’autant plus que Livingstone aurait aimé qu’on le laissât tranquille et aurait répondu : Non non, vous faîtes erreur, je m’appelle Martin. Stanley n’en crût pas un mot et conclut que son interlocuteur avait attrapé le melon. Entreprendre une telle quête, et s’apercevoir en arrivant qu’on n’a rien de particulier à se dire ! Il ne reste plus qu’à trouver des dérivatifs pour tuerle temps. Mais comme on ne peut pas, on nit par tuer lesindigènes. L’ennui est la mère de toutes les colonisations.